Une fenêtre sur le Bénin et l'Afrique...
Cuireux de connaître les forces en présence sur l’échiquier national béninois qui, ces dernières semaines, semblent connaître de plus en plus de convulsion, et dans le souci d’avoir la bonne information pour le moment crucial de la prise de décision, le Quai d’Orsay, ministère des affaires étrangères français aurait commandé un sondage discret pour essayer de voir clair dans le monde politique béninois et de peser chacun des éventuels protagonistes de la présidentielle de Mars 2011. Ce sondage effectué, il y a peine 1 mois s’est étendu à quelques grandes agglomérations du Bénin en tenant compte des différents départements du nord que du sud.
La rédaction de votre quotidien grâce à son réseau d’informateurs a pu obtenir en exclusivité les résultats qu’elle vous commente ci-dessous.
Il faut dire que cette étude a été confiée à un cabinet rompu à la tâche et qui fait autorité dans le domaine en France. Une précaution prise pour éviter d’avoir des résultats biaisés comme ceux qui ont souvent cours en réplique. L’objet de cette étude étant de dire avec la rigueur scientifique quelle est la côte de popularité des principaux challengers et qui pourrait succéder ou non à Yayi en 2011.
Les résultats ont été sidérants et ont montré les limites du volontarisme et de l’activisme du chef de l’Etat. Il faut dire que dans les grandes villes des douze départements que compte notre pays en dehors de Savè, les résultats ont été surprenants. Les endroits où Yayi était censé distancer n’importe quel candidat de très loin, il est talonné et souvent dépassé par Bio Tchané. La sphère de Houngbédji s’étant plutôt localisée dans la moitié sud de notre pays. Ceci est d’autant plus remarquable que du coude à coude qui a lieu dans la moitié nord de notre pays deux noms reviennent fréquemment, celui de Boni Yayi et de Bio Tchané ou vice versa dans ce qui devait être le fief traditionnel du chef de l’Etat et un territoire déjà pratiqué par l’ancie
n président de l’Assemblée, mais où c’est à peine si on ne dit ne pas le connaître. Par exemple à Parakou, la grande ville du Nord à statut particulier, Bio Tchané devancerait Yayi de deux points (52% contre 48% d’avis favorables). Il serait chez les 18-25 ans plus largement en tête avec 60% d’avis favorables. Chez les dames, ils se partageraient la vedette (50%-50%). A Djougou, la grande ville de la Donga, malgré les incessantes déclarations des cadres Fcbe et les va-et-vient à ne plus en finir, le fils du terroir règne sans partage dans le cœur de ses frères et sœurs. L’écart est ici édifiant (68% d’avis favorables pour Bio Tchané contre 30% pour Yayi et 02% qui ne se sont pas prononcés). Ensuite à Bembèrèkè, le constat demeure quasiment le même à la seule différence que c’est 60% des ressortissants de cette ville qui voient d’un bon œil l’accession à la magistrature suprême du nouveau patron de la Boad. Il y a cependant un bémol à Kandi où Yayi obtient plus de 50% d’avis favorable (51,5%) contre 47% pour son challenger et 2% de sondés qui disent n’avoir pas encore décidé qui de Yayi ou de Bio Tchané bénéficierait de leurs suffrages. En revanche, Yayi stabilise son score dans le Zou-Nord où il vient largement devant son challenger. A Tchaourou et Savè il obtient 70% d’avis favorables contre près de 30% pour son challenger. A Dassa, c’est un écart de 7 points qui sépare les deux hommes en faveur du président de la République qui s’arroge 56% d’avis favorables contre environ 48%. La cité du roi de Savalou quant à elle fait ses honneurs au nouvel homme de la Boad qui l’emporte d’une courte majorité 50,5% contre 49%. Boni Yayi a cependant pu garder son statut en tant que président de la République dans les autres villes du Zou, de l’Atlantique, du Littoral et de l’Ouémé. On note cependant une percée de Bio Tchané dans le Littoral notamment à Cotonou où l’actuel directeur de la Boad a gagné beaucoup de coeurs, il talonne de très près le chef de l’Etat et Adrien Houngbédji. Or ce n’est un secret pour personne que Bio Tchané et Yayi et Houngbédji ne seront pas les seuls candidats. Ils devront compter avec une kyrielle de candidats qui compliqueront la tâche au Chef de l’Etat qui serait dès lors obligé de partager son électorat avec les plus perspicaces, y compris le plus dangereux pour lui, Bio Tchané. D’ailleurs, ce cas de figure que beaucoup envisagent comme pouvant être favorable au candidat Houngbédji est celui qui est le plus abondamment commenté par les sondeurs. On retiendra substantiellement que la candidature de Bio Tchané si elle est effective dans un environnement de multipartisme intégral, donc de possibilité de plusieurs candidatures, mettrait le chef de l’Etat dans une position inconfortable, il atteindrait difficilement le tiers de son score du second tour en 2006. C’est-à-dire les fameux 75%. Le sondage effectué table sur 20% d’avis favorables pour Yayi dans un face à face l’opposant à Bio Tchané et Adrien Houngbédji en considérant l’existence d’autres candidats comme Léhady, Lazare Séhouéto, Idji Kolawolé. Ce qui est une catastrophe pour un candidat en exercice. Or selon toutes vraisemblances les adversaires du chef de l’Etat ne tiennent plus à le revoir et pour ce faire ils sont prêts à faire toutes sortes de compromis dans le seul but de l’empêcher de rempiler. Si cette situation de coude à coude entre le chef de l’Etat et ses challengers persiste, il y a deux options qui s’imposent, un deuxième tour Yayi-Bio Tchané, ou un deuxième tour Yayi – Houngbédji. Les deux projections n’excluent pas la troisième qui évince Yayi du ticket final et met aux prises et les deux Challengers. En attendant, Yayi est crédité de 20%, Bio Tchané (22%), Adrien Houngbédji (22%)
Marc ANTOINE
(Le Béninois Libéré, 02/04/2009)