Une fenêtre sur le Bénin et l'Afrique...
L’heure est grave, très grave et les Béninois se demandent actuellement à quel saint se vouer tant les dérives au sommet de l’Etat sont légion et risquent de mettre le pays dans une situation déplorable jamais connue auparavant. Après l’interdiction de la marche des syndicats contre la cherté de la vie du mardi 21 Juillet dernier, le gouvernement du Changement veut encore mettre pied dans la fourmilière. Dieudonné Lokossou de la Csa-Bénin, Gaston Azoua de la Cstb, Laurent Mètognon de la Fésyntra-finances et tout le bataclan de syndicalistes n’ont pas encore fini de digérer la militarisation à laquelle ils ont été confrontés mardi dernier. Et comme pour dire qu’il est décidé à aller jusqu’au bout avec les syndicalistes, le gouvernement sort d’où on ne sait, un communiqué qui empêche les travailleurs d’observer la grève prévue dès ce jour pour protester contre la violation des libertés syndicales. Le Béninois lambda se souvient comme si c’était hier que ce sont ces syndicalistes qui avaient marché contre la révision de la constitution pour que Boni Yayi soit aujourd’hui président de la République. Si tant est qu’ils ont versé de leur sang pour que le Général Mathieu Kérékou parte en 2006, ces mêmes hommes aujourd’hui ennemis jurés du Changement peuvent verser toute leur salive pour que Boni Yayi parte en 2011. En voulant coûte que coûte déclarer la guerre aux centrales syndicales, le gouvernement du Changement provoque la colère des milliers de Béninois qui voient en cette attitude une sorte d’ingratitude envers les syndicats qu’on ne saurait pardonner. En décidant de se sacrifier pour marcher contre les scandales financiers de la Cen-Sad, les syndicalistes pensaient être sur la droite ligne du docteur Boni Yayi qui prône la lutte contre la corruption. Mais la surprise était grande de leur côté quand leur initiative n’a pas reçu l’autorisation de ce dernier. Avec ce rythme Boni Yayi aura beau parcourir monts et vallées, tenir des meetings dans les départements du pays à dessein d’une campagne précoce. Les centrales syndicales lui donnent rendez-vous en 2011 pour un score sanction. De 75% en 2006, le gouvernement du Changement risque de se retrouver à un score qui ne va même pas lui permettre de revenir au second tour des élections. Car comme le dirait l’autre un homme en danger est un homme dangereux. Le gouvernement du Changement et son chef doivent mettre du baume dans leur colère contre les syndicalistes au lieu de chercher à les avoir sur leur dos.
Claude D. ADJIKPA
LBL, 28/07/2009
COMMUNIQUE
Après la marche avortée du 21 juillet 2009 pour protester contre la mauvaise gouvernance dans le dossier CEN-SAD, les Organisations syndicales (Cstb, Csa, Cgtb, Cosi, Unstb et FESYNTRA-Finances) projettent d'observer" à compter du mardi 28 juillet 2009, un arrêt collectif de travail de 48 heures dans tous les secteurs pour « exiger du Gouvernement le respect scrupuleux des libertés démocratiques et syndicales ».
Ces mouvements de protestation ont été décidés malgré une séance d'information tenue par le Chef de l'Etat avec les responsables de ces organisations syndicales et en dépit de ce qu'une Commission indépendante est actuellement à pied d'œuvre pour approfondir les investigations et clarifier les responsabilités de tous les tenants et aboutissants de cette situation de mauvaise gestion déplorée par tous.
Face à une telle obstination, le Gouvernement tient à souligner le caractère illégal, illégitime et inutile de ces mouvements de protestation qui n'ont pas pour but la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs qui ne sont nullement menacés.
L'illégalité, l'inutilité et la fantaisie sont d'autant plus manifestes que cette marche et cette grève veulent défoncer une porte déjà ouverte, à savoir protester contre la mauvaise gestion du dossier CEN-SAD qui a déjà fait ou fait encore l'objet:
- d'investigation par l'Inspection Générale d'Etat ordonnées librement par le Chef de l'Etat;
- d'enquêtes supplémentaires pour mieux situer les responsabilités en vue des sanctions disciplinaires et poursuites judiciaires à engager contre les personnes reconnues fautives.
En raison de ce qui précède, et parce que seul le travail est créateur de richesses et porteur de développement économique et social, le Gouvernement lance un appel à tous les travailleurs des Administrations et Entreprises Publiques épris de démocratie, de droit, de justice et de paix, à faire preuve de discernement et à se démarquer nettement du syndicalisme politique et partisan en se rendant normalement à leurs services.
Des dispositions seront prises par l'Etat pour garantir aux travailleurs l'accès à leurs lieux de travail ainsi que leur sécurité.
En tout état de cause, le Gouvernen1ent met en garde les Agents de l'Etat et les travailleurs des Entreprises Publiques contre leur participation à cette grève illégitime et illégale qui donnera lieu à retenue systématique sur les traitements et salaires pour les jours non ouvrés pour fait de grève.
Des instructions fermes sont données à tous les Ministres et au Ministre de l'Economie et des Finances en particulier, ainsi qu'aux Directeurs Généraux des Entreprises Publiques pour procéder à la source aux défalcations qui s'imposent le cas échéant.
Le Gouvernement prend l'opinion nationale et internationale à témoin et demande aux citoyens béninois de lui faire confiance dans sa croisade contre la Corruption dont il a hérité. Il renouvelle son appel à la population en général et aux syndicats en particulier, à cultiver le patriotisme, le sens aigu de responsabilité, l'esprit de discernement et l'intérêt national, en lieux et places des intérêts individuels, égoïstes et partisans.
Cotonou, le 27 juillet 2009
Le premier secrétaire général
Adjoint du gouvernement
Ibraïma Soulémane